Le 29 août 2024, l’ONUSIDA a publié un nouveau rapport intitulé “Le lien manquant: Repenser et redéfinir les priorités en matière de VIH et de violence basée sur le genre dans les contextes fragiles“. Le rapport explore les liens entre le VIH et la violence basée sur le genre (VBG) dans les contextes fragiles, en particulier dans le cadre des opérations de soutien à la paix. Les points saillants du rapport comprennent les défis et les lacunes dans la résolution des problèmes et plaident en faveur d’approches intégrées et multisectorielles qui priorisent les droits humains et l’égalité entre les sexes. Le rapport arrive à point nommé étant donné que l’Afrique compte 13 pays soumis à un contexte d’intervention difficile (CID).
Interconnexion du VIH et de la violence basée sur le genre
L’inégalité entre les sexes est une cause fondamentale de la transmission du VIH et de la VBG. Le continent africain est confronté à un défi unique et pressant à l’intersection de l’épidémie de VIH et de la VBG, qui, ensemble, exacerbent les crises de santé publique et soulignent le besoin urgent d’interventions transformatives sensibles au genre. Les femmes et les filles d’Afrique sont souvent confrontées à des normes et pratiques sexistes néfastes qui augmentent leur vulnérabilité à la violence et limitent leur accès aux services de santé, notamment à la prévention et au traitement du VIH. Avec une estimation de 25,7 millions de personnes vivant avec le VIH dans la région africaine de l’OMS en 2022 – représentant 66% des cas mondiaux – la prévalence de la violence liée au genre complique davantage cette crise en augmentant la vulnérabilité des femmes et des filles à l’infection par le VIH et en perpétuant les cycles de stigmatisation et de violence. Les survivants de la VBG peuvent avoir du mal à négocier des rapports sexuels protégés, tandis que ceux qui vivent avec le VIH sont souvent confrontés à la discrimination, ce qui accroît leur risque de subir des violences et de souffrir de problèmes de santé mentale. Dans les contextes fragiles, l’interaction des conflits et des déplacements aggrave ces vulnérabilités. Il est donc impératif d’adopter des stratégies globales qui intègrent la prévention et le traitement du VIH dans les services d’aide aux victimes de la VBG. Le rapport de l’ONUSIDA souligne qu’il est essentiel de s’attaquer à ces questions étroitement liées en vue d’assurer le bien-être des individus et la stabilité générale des communautés, en appelant à des initiatives qui renforcent l’autonomie des femmes, impliquent les hommes dans la promotion de l’égalité entre les sexes et facilitent l’accès aux ressources essentielles en matière de soins de santé.
L’engagement de l’Union africaine
L’Union africaine (UA) a fait des progrès remarquables dans le traitement des questions liées au genre par le biais de diverses déclarations et initiatives. De la déclaration d’Abuja de 2001 à la feuille de route de l’Union africaine de 2012 sur la responsabilité partagée et la solidarité mondiale dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en Afrique, l’UA n’a cessé de prôner la solidarité avec les personnes affectées par le VIH. Des initiatives telles que AIDS Watch Africa ont été mises en place pour suivre les progrès et tenir les gouvernements responsables de leurs engagements en matière de lutte contre le VIH et la VBG.
En outre, l’UA s’est engagée à éliminer la violence sexiste par le biais de divers protocoles, notamment le protocole de Maputo, qui traite des droits des femmes et vise à éliminer les pratiques néfastes et la violence à leur égard. Ces engagements témoignent d’une reconnaissance croissante de la nécessité d’adopter des approches intégrées qui s’attaquent à la fois au VIH et à la VBG dans les contextes en rapport avec la paix et la sécurité.
Le rôle des opérations de soutien à la paix
Les opérations de soutien à la paix jouent un rôle crucial dans la lutte contre la double épidémie de VIH et de VBG dans les contextes fragiles. Le rapport souligne que le continent africain accueille de nombreuses missions de soutien à la paix, les nations africaines contribuant de manière significative aux efforts de maintien de la paix des Nations unies. Ces missions offrent une excellente opportunité de mettre en œuvre des stratégies de prévention du VIH et de lutte contre la VBG dans les zones en proie à des conflits, où les risques de ces deux épidémies sont accrus.
Par exemple, le protocole de l’Union africaine sur l’intégration des interventions relatives au VIH dans les opérations de soutien de la paix vise à assurer l’équipement des forces de maintien de la paix pour répondre aux besoins de santé des populations touchées, y compris ceux liés au VIH et à la VBG. En intégrant les services de santé dans les efforts de maintien de la paix, l’UA adopte une approche proactive afin d’atténuer l’impact de ces crises étroitement liées.
Défis et recommandations
Malgré les progrès accomplis, des défis importants subsistent. La forte prévalence de la VBG en Afrique continue d’entraver l’efficacité des ripostes au VIH. Le rapport identifie plusieurs défis majeurs dans la lutte contre le VIH et la VBG dans les contextes fragiles, en particulier dans le cadre des opérations de soutien à la paix:
- Dépriorisation et déconnexion: Malgré les politiques et les engagements existants, le VIH et la VBG ne sont souvent pas considérés comme prioritaires et sont déconnectés au sein des opérations de soutien à la paix, ce qui entraîne des réponses inappropriées et un manque d’approches intégrées.
- Lacunes en matière de capacités: La capacité des opérations de soutien à la paix à lutter efficacement contre le VIH et la VBG présente des lacunes importantes, notamment une formation et des ressources insuffisantes pour le personnel, ce qui les empêche de s’acquitter efficacement de leur mandat.
- Stigmatisation et discrimination: La stigmatisation et la discrimination liées au VIH constituent des obstacles importants à l’accès aux services et à l’intégration des interventions contre le VIH et la VBG, ce qui limite l’efficacité des interventions et la propension des personnes touchées à demander de l’aide.
- Absence de redevabilité: L’absence de mécanismes de redevabilité solides à différents niveaux rend difficile la vérification du respect par les responsables de leurs engagements en matière de lutte contre le VIH et la VBG, ce qui a pour conséquence un manque de contrôle et d’engagement de la communauté dans le suivi des services.
- Insuffisance des preuves et de la recherche: Les données et les preuves détaillées sur l’intersection du VIH et de la VBG font défaut, entravant la compréhension des expériences et des vulnérabilités spécifiques auxquelles sont confrontées les différentes populations dans les contextes fragiles. Ce manque de données limite le développement d’interventions ciblées et efficaces.
- Des contextes d’intervention complexes: Les contextes difficiles et souvent instables des environnements fragiles compliquent la mise en œuvre de ripostes efficaces au VIH et à la VBG, nécessitant des approches adaptées qui tiennent compte des réalités et des sensibilités locales.
Les recommandations suivantes présentées dans le rapport sont à la fois opportunes et fondamentales, compte tenu de l’interaction complexe entre le VIH et la VBG dans les contextes fragiles, et elles ont pour but de favoriser une approche plus holistique, basée sur les droits humains et transformative sensible au genre pour la lutte contre le VIH et la VBG dans les contextes fragiles:
- Utilisation d’un langage clair dans les mandats: Veiller à ce que tous les mandats pertinents des opérations de soutien à la paix incluent explicitement des termes relatifs au VIH et à la VBG, et traduire ces termes en actions par des ripostes intégrées et multisectorielles fondées sur les principes d’égalité des sexes et de droits humains.
- Mise en place de solides mécanismes de redevabilité: Créer des mécanismes de redevabilité à tous les niveaux afin de garantir la mise en œuvre effective des engagements existants en matière de VIH et de VBG. Il s’agit notamment de faciliter le leadership communautaire en matière de suivi et de retour d’information sur les services, en mettant l’accent sur l’inclusion des femmes, des populations clés et des jeunes.
- Engagement dans un programme de recherche multisectoriel: Les responsables doivent s’accorder sur un programme de recherche réalisable qui comble les lacunes concernant les données probantes relatives au VIH et à la VBG. Ce programme doit permettre aux communautés de s’approprier la production de données et d’élaborer des plans d’action fondés sur les réalités locales.
- Mise à profit des synergies entre les secteurs: Promouvoir la collaboration entre les secteurs de l’humanitaire, du développement et de la paix (le triple lien) afin de maximiser l’impact des interventions relatives au VIH et à la VBG, en veillant à ne pas manquer les opportunités d’approches combinées.
- Lutte contre la stigmatisation et la discrimination: S’attaquer à la stigmatisation et à la discrimination liées au VIH qui entravent les progrès dans l’intégration des ripostes au VIH et à la VBG dans les opérations de soutien de la paix.
- Renforcement de la formation et du développement des capacités: Renforcer les politiques de formation et les efforts de développement des capacités concernant les opérations de soutien à la paix afin d’assurer l’équipement du personnel pour lutter efficacement contre le VIH et la VBG.
Dans la mesure où l’Afrique compte 13 pays CID selon le cadre de gestion des risques du Fonds mondial, il est urgent de mettre en place des services de santé intégrés et des mesures de protection dans ces contextes fragiles, afin de lutter efficacement contre le VIH et la VBG. Il est demandé aux responsables d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques qui tiennent compte de l’intersection du VIH et de la VBG, en veillant à adapter ces politiques au contexte et à les rendre inclusives par l’implication des communautés locales dans la conception et la mise en œuvre des interventions connexes afin de garantir leur adéquation et leur efficacité sur le plan culturel.
Armelle Nyobe



